Il y a des personnages qu'on lit, et il y a des personnages qu'on fréquente toute sa vie. Corto Maltese appartient à cette seconde catégorie, très restreinte, où l'on retrouve Tintin, Blake, peut-être Blueberry — des types qu'on croise adolescent et qu'on ne quitte plus vraiment. En rayon, on le sent tout de suite : ceux qui viennent chercher un album de Corto ne demandent pas "vous auriez ça ?", ils demandent des nouvelles de quelqu'un.


 Un marin né d'un dessinateur qui ne tenait pas en place


Hugo Pratt n'a pas inventé Corto Maltese dans un bureau. Il l'a fait émerger d'une vie déjà passablement romanesque : une enfance à Venise, puis en Éthiopie sous administration italienne, des années à dessiner à Buenos Aires, des allers-retours entre Londres et l'Argentine avant de revenir s'installer en Europe à la fin des années soixante. Quand paraissent en 1967, dans la revue italienne Sgt. Kirk, les premières planches de La Ballade de la mer salée, Corto n'est encore qu'un second rôle au milieu d'un feuilleton choral. C'est Pif Gadget qui, entre 1970 et 1973, va le sortir de l'ombre en lui donnant sa propre série d'histoires courtes — non sans quelques jeunes lecteurs déroutés par ce ton bien plus adulte que le reste du journal.

Le reste, on le connaît : Casterman reprend les albums, l'Europe entière se prend de passion pour ce "gentilhomme de fortune", et La Ballade de la mer salée décroche le prix de la meilleure œuvre étrangère à Angoulême en 1976. Pratt avait mis au point quelque chose de rare — une bande dessinée qui se lisait comme un roman d'aventures classique tout en cassant ses codes narratifs, mêlant sans complexe l'Histoire réelle (guerre russo-japonaise, révolution bolchevique, francs-maçons vénitiens) et les légendes populaires les plus improbables.


Un anti-héros qui refuse d'appartenir à quiconque


Ce qui frappe, chez Corto, c'est son détachement. Il traverse les grandes tempêtes du début du XXe siècle — la Sibérie en guerre civile, les révolutions sud-américaines, les sociétés secrètes chinoises — sans jamais vraiment s'y engager, sauf quand la situation finit par le pousser dans ses retranchements, comme dans *Les Celtiques*. Il n'a ni patrie fixe, ni cause définitive, ni même de ligne de chance dans la paume de la main : Pratt raconte que sa mère, inquiète de cette absence, la lui a tracée elle-même au rasoir. Corto, lui, préférera toujours dire que la chance, c'est lui qui la fabrique.

Cette ambiguïté permanente — pirate ou gentilhomme, cynique ou romantique, présent ou déjà ailleurs — explique pourquoi le personnage a une telle prise sur l'imaginaire collectif, bien au-delà du cercle des amateurs de BD. François Mitterrand le citait parmi ses héros de fiction préférés. Et il continue, aujourd'hui encore, d'inspirer expositions, adaptations et hommages un peu partout en Europe.


Ce qu'on peut ramener chez soi de cet univers

En boutique, l'univers Corto Maltese se prête particulièrement bien à la collection tant Hugo Pratt a laissé une œuvre graphique dense — aquarelles, noir et blanc âpre, cases construites comme des tableaux. C'est ce qui rend les objets dérivés aussi fidèles à l'esprit de la série plutôt que de simples produits estampillés.

La [figurine Corto Maltese en couleur, éditée par Moulinsart dans la collection des Invités de Tintin, restitue avec beaucoup de justesse la silhouette longiligne du personnage — cette allure qu'on reconnaît entre mille, casquette d'officier et redingote élimée. Pour les amateurs du noir et blanc si caractéristique des premières années de Pratt, il existe aussi une version noir et blanc de cette même figurine, qui joue sur les contrastes bruts propres au dessin d'origine. Et pour ceux qui veulent une pièce plus imposante en vitrine, le buste Corto Maltese noir et blanc,  également en résine peinte à la main et livré avec son certificat d'authenticité, a ce petit supplément de présence qui change tout sur une étagère.

Ces pièces s'inscrivent dans notre rayon consacré aux figurines de bande dessinée franco-belge, où Corto voisine avec d'autres monuments du neuvième art.

Mais s'il y a une pièce dont on parle en ce moment dans l'arrière-boutique, c'est celle-là : la figurine Pixi Corto Maltese et les chats, tirée de Fable de Venise. Ce n'est pas une pose inventée pour l'occasion, c'est une case entière de l'album qui prend vie en trois dimensions : Corto qui fait halte au bord d'un puits vénitien, une de ces *vere da pozzo* qu'on croise à chaque coin de campiello, et six chats qui l'ont visiblement adopté le temps d'une pause. Pratt adorait les chats, il adorait Venise, et *Fable de Venise* reste sans doute l'album le plus intime qu'il ait dessiné — celui où Corto erre entre loges maçonniques et ruelles désertées à la recherche d'une émeraude que personne n'a jamais vue. Pixi a eu le bon goût de ne pas choisir une scène d'action pour cette pièce, mais ce moment de flottement, presque contemplatif, qui dit beaucoup plus sur le personnage que n'importe quel combat.

Corto culmine à 9,5 cm, les six chats sont sculptés un par un avec chacun sa propre attitude, le tout en métal et résine peints à la main dans les ateliers Pixi. Tirage limité à 280 exemplaires numérotés, certificat d'authenticité inclus. Elle sort en juillet et elle est pour l'instant en [précommande] — et pour qui suit un peu la cote des anciennes pièces Pixi consacrées à Corto, ce genre de tirage court ne traîne jamais longtemps en boutique.

Des voisins de rayon qui partagent le même sang


Ce qui est amusant, quand on tient une librairie spécialisée, c'est de voir comment certains univers se répondent. Corto Maltese doit énormément à la tradition du grand roman d'aventures européen — et il n'est pas très loin, dans l'esprit, de ce que Guarnido et Canales feront plus tard avec leur propre antihéros solitaire et désabusé. Si vous aimez le mélange de noir et blanc élégant, d'ambiance de polar et de personnage marginal chez Pratt, notre collection Blacksad devrait vous parler immédiatement — même filiation du côté de l'anti-héros qui observe le monde de biais plutôt que d'y plonger tête baissée.

Il y a aussi, évidemment, ce lien plus direct avec l'univers d'Hergé : c'est Moulinsart elle-même qui édite les figurines Corto Maltese, dans la continuité de tout ce savoir-faire qu'ils ont développé autour des figurines Tintin et de leur ligne d'Icônes . Deux mondes de papier très différents dans le ton — l'un aventureux et lumineux, l'autre plus mélancolique et politique — mais une même exigence dans la restitution du dessin original.

Enfin, pour les lecteurs qui aiment autant tenir un bel objet en main que le regarder sur une étagère, notre rayon livres et éditions spéciales  et notre sélection de tirages de tête valent le détour : les éditions autour des grandes séries franco-belges y sont régulièrement mises à l'honneur, dans des versions qui donnent une seconde vie aux planches de Pratt.

Pourquoi Corto continue de naviguer dans nos mémoires


On demande parfois pourquoi un personnage créé en 1967, sur un papier journal italien qui n'existe plus depuis longtemps, continue d'attirer autant de monde en librairie. La réponse tient sans doute à ce que Corto représente : la promesse qu'on peut traverser l'Histoire sans s'y perdre, garder sa liberté intérieure même au cœur du chaos, et rester fidèle à une forme d'élégance discrète quoi qu'il arrive. C'est un marin qui ne rentre jamais vraiment au port, et c'est peut-être pour ça qu'on a envie de le suivre encore.

Si vous découvrez Corto Maltese ou si vous complétez une collection qui dure depuis des années, notre sélection complète dédiée à la bande dessinée franco-belge reste le meilleur point de départ pour explorer ce qu'on propose autour de lui — et parfois découvrir la pièce qu'on ne savait pas chercher.
 

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